La France de Khadija

Il est presque 5 heures du matin, dans sa banlieue encore endormie et froide Khadija sort de chez elle pour prendre son bus qui la conduira à son lieu de travail. A la maison son mari va bientôt se réveiller. Il doit emmener leurs trois enfants à l’école.

Khadija arrive dans la zone industrielle où se trouve l’usine dans laquelle elle travaille. Une seule clé lui ouvre tous les bureaux qu’elle doit nettoyer un par un. L’endroit est vide et calme. De 5 heures à 8 heures, elle nettoie les bureaux, les couloirs et les toilettes. A l’arrivée du personnel une odeur de propre et de lavande règne dans tous les étages.

A son retour à la maison Khadija prépare le déjeuner qu’elle ne prendra pas avec son mari. Peu avant midi, Khadija rejoint la maison de retraite de la ville. Là aussi elle nettoie les chambres, les couloirs et les toilettes. Elle passe alors devant la chambre de Mme Bertier. Elle est vide. Elle comprend de suite pourquoi. Accrochée à son balai, elle repense aux moments où elle lui racontait son enfance dans un village voisin quand Mme Bertier lui racontait, elle, son enfance en Tunisie. Mme Bertier avait 90 ans, Khadija en a 45. Dans ce moment d’égarement, Khadija n’arrive pas à retenir sa larme et se met à prier Dieu pour qu’IL lui fasse miséricorde. Dans ces instants la religion des ou des autres n’a plus d’importance.

A 18 heures, c’est dans l’école de son quartier que Khadija terminera sa journée de travail. Arrivée à la maison les enfants patienteront un peu pour prendre leur repas. Puis vers 22 heures tout le monde sera au lit. Khadija pourra s’assoir au calme.

Seule dans le salon elle prend ses lunettes, empoigne son ordinateur et scrute l’actualité et ses mails. Son doctorat de physiques en poche, Khadija n’a jamais pu trouver de travail à la hauteur de ses compétences. Lasse de constater que les recruteurs ne voyaient que son voile, elle a fini par céder. Sa foi, ses études, son travail, sa famille, Khadija ne regrette rien. Ni colère, ni désespoir. Elle tombe alors sur des articles dans lesquels des hommes politiques de droite et de gauche crachent à nouveau sur l’Islam, sur la foi des musulmans. Certains veulent interdire les signes religieux à l’université, d’autres dans les lieux publics. Dans sa ville aussi les hommes politiques de gauche et de droite soutiennent ces propositions. Khadija se souvient de ces mêmes hommes qui étaient venu frapper à sa porte lors des dernières élections pour lui expliquer qu’ils étaient pour une laïcité respectueuse des croyants. Certains d’entre eux se disaient tout aussi croyant qu’elle et qu’à ce titre elle pouvait leur faire confiance.. Elle y avait cru.

Le salon est toujours silencieux, Khadija se lève pour accomplir sa dernière prière de la journée. Elle termine assise à même le sol. Elle lève alors les bras vers le ciel pour implorer Dieu afin que la France aille mieux. Elle est inquiète et perdue. Elle ne reconnait plus la France qu’elle a connue durant son enfance ni même celle de son adolescence.

Elle ne s’inquiète pas pour elle mais pour ses enfants.

Car il est loin le temps où dans son quartier 70 nationalités vivaient en harmonie. Les coutumes des uns et des autres ne dérangeaient personne. Aux communions, les petits chrétiens rejoignaient l’église dans leurs beaux habits blancs et à l’Aïd les petits musulmans remettaient leurs beaux habits de la dernière rentrée scolaire. Les fins de mois étaient difficiles pour tous mais peu importe, on se respectait. A la rentrée scolaire on s’inventait des vacances car chacun devait raconter les siennes. C’était le temps où on partageait le pain, les gâteaux, le thé, les joies et les tristesses. Khadija a connu ce temps et ses enfants auront peine à croire qu’une telle époque de tolérance est pue exister.

La France de Khadija n’existe plus…

L’OuvreBoite

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Catégories :DIVERS, POLITIQUE

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