La laïcité sous les eucalyptus

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« Aujourd’hui papa est mort. La tristesse me transporte dans mes souvenirs. Je me revois avec mon père sur le chemin de l’école, je me revois lors des fêtes, à mes anniversaires ou encore à l’occasion de mon grand voyage à ses cotés. C’était la fois où il m’avait emmené avec lui en Algérie.

C’était en 1988, en Juillet lors des vacances scolaires.

J’avais 12 ou 13 ans je ne sais plus. Nous vivions à Paris et mon père était responsable du culte musulman sur la métropole. Dans le cadre de son travail il se rendait chaque année en Algérie. Généralement ses missions duraient une semaine et cette année là je suis allé avec lui. »

Quelques jours plus tard…

« Alger, il fait très beau, le ciel est bleu, dégagé et le soleil chauffe tout le pays. Nous arrivons à l’aéroport Mendès France un vendredi, nous nous rendons à notre hôtel en ville. Bizarrement sur la route je découvrais que beaucoup de magasins étaient fermés contrairement à la métropole. J’ai découvert une belle ville, propre, peu animée, blanche. La population est bigarrée, il y a là des musulmans, des français, des touristes américains, scandinaves et même des chinois. Dieu que la vie semblait belle.

Le soir après dîner nous sommes sortis pour une balade en ville. Les couleurs au loin étaient magnifiques avec le port tout en lumière. Une merveille. Toutefois je retiens le visage de ces enfants pauvres et sales rencontrés au coin d’une rue. Ils me tendaient leurs mains en me parlant en arabe. Bien sur je n’y comprenais rien mais je savais ce qu’ils voulaient. Je ne connaissais pas cette pauvreté. Cette scène m’a bouleversé. J’étais rassuré en voyant plus loin un jeune cireur de chaussures. Finalement il n’y avait pas que des mendiants…

Le lendemain j’accompagnais mon père à sa réunion. Le taxi nous déposa devant une immense bâtisse imposante, quelle beauté ! En pénétrant dans l’édifice je lisais sur une plaque «  monument inauguré le 17 Octobre 1961 par le Général de Gaulle » à coté on pouvait découvrir que ce lieu de prière, de culture et de formation des imams avaient été financé par l’état. Quelle généreuse et noble idée. Je ne me souviens plus pourquoi mais je ne m’étais pas ennuyé en attendant la sortie de mon père. Je me suis promené dans cette magnifique bâtisse jusqu’à atteindre la salle de prière. Un homme se tenait devant et plus loin des gens se tenaient autour d’un tombeau. Il s’agissait d’un saint local. Il y avait là des handicapés, des gens malades, des gens plein d’espoir, des croyants, tous étaient silencieux. Puis soudain un souffle chaud me ramène vers la sortie. Je rejoins mon père, nous partons.

Puis j’ai souvenir que nous nous sommes rendus avec ses collègues au parc des expositions de la ville. Comme chaque année le congrès national de l’Union des Organisations Musulmanes de France se tient à Alger. Un écran géant rappelle aux visiteurs que l’événement est cofinancé par la région autonome algérienne et l’état . Il y a du monde, beaucoup de journalistes. J’aperçois les caméras de France 3 Algérie. Le président de l’Union est interviewé par la célèbre journaliste de la chaîne locale. Sous son voile, elle est aussi belle en vrai qu’à la télé !

Je m’approche d’eux et je les écoute.

Lui : « Comme chaque année nous remercions l’état pour les efforts financiers consentis pour nous permettre d’organiser cette magnifique manifestation spirituelle. Nous sommes heureux d’avoir pu inviter une délégation bouddhiste de Birmanie pour cette communion des religions. Comme le veut la tradition, les musulmans sont venus de tout le pays grâce à la gratuité des transports. Je suis fier…»

Plus tard il ajoutera,

«  Nous sommes heureux de n’avoir jamais eu à céder face à l’obscurantisme des séparatistes sanguinaires. Je n’ose pas imaginer l’Algérie gouvernée par des terroristes ».

Sur le coup j’avais aimé ce discours. Je me souviens de cet homme élégant. J’avais eu une autre occasion de le croiser, c’était à Lille à l’inauguration de la Grande Mosquée Municipale. Il connaissait mon père.

Le reste de la semaine nous nous sommes rendus à Bône. Nous sommes allés voir mon oncle Jean-Pierre. Un riche propriétaire terrien dans les environs de la ville. La ville m’avait émerveillé notamment par le cours Bertagna. Une place animée, rayonnante, latine et accueillante à l’image des bônois. Après cette visite nous avons traversé le pays pour nous rendre chez Jojo, un ami à mon père, viticulteur à Mascara. Je n’ai jamais su les raisons de cette visite. Les gens, les villes, les paysages, les merveilles que nous avons su mettre en valeur ont laissé en moi un souvenir indélébile… »

Aux obsèques.

« Comme prévu j’ai croisé le président de l’UOMF. C’était le seul arabe d’ailleurs. Il s’était mis au premier rang. En partant il m’a rejoint sur le perron. Il me glisse à l’oreille :

« J’ai toujours aimé ton père, Jacques. Il était comme un frère pour moi.»

Nous nous donnons alors rendez-vous à Alger. J’aurai besoin de lui car j’ai été missionné par le gouvernement pour préparer une nouvelle révision de la loi de 1905.

A Alger je suis là à attendre le président de l’UOMF. Je l’attends dans un café du boulevard Magenta contemplant le large en sirotant mon anisette. Mon regard s’évade et se perd dans l’horizon. Je suis réveillé par la corne de brume du Liberté qui entre au port. Malgré le chagrin je suis heureux.

J’aime ma France, ma France des libertés, de l’égalité, de la fraternité et de la générosité… »

W.3

Ce texte est une fiction dans laquelle on découvre une Algérie qui serait restée Française. On y voit, au travers des yeux de ce fonctionnaire les concessions consenties à la laïcité. Il s’agit de dénoncer cette hypocrisie où la gestion de la laïcité se fait en fonction des intérêts de la France. Aujourd’hui on peut affirmer qu’il s’agit d’une gestion néocoloniale. Cette affaire est une hypocrisie illustrée par ce qu’il se passe à Mayotte où le législateur n’a pas hésité à créer des exceptions pour conserver Mayotte dans le giron des Outre-mers.

Aujourd’hui les islamophobes du parti radical de gauche n’hésitent pas à proposer encore et toujours des lois d’exclusion sous le couvert de la laïcité. En réponse nous vous proposons de lire l’essai de Raphael Liogier qui traite du « Mythe de l’islamisation » dans lequel on découvre le mécanisme d’une menace islamique fantasmée et la justification d’une islamophobie pour protéger les valeurs de la France et son identité.

Il est temps que les autorités françaises cessent leur gestion néocoloniale de l’Islam et des musulmans français…

L’OuvreBoite

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Catégories :DIVERS, INTERNATIONAL, POLITIQUE

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4 réponses

  1. Joli texte qui, je dois l’avouer, m’a fait partir dans cette promenade agréable.
    Le commentaire de l’auteur est pertinent.
    Un grand pays comme l’est la France n’a pas à avoir peur de la diversité de ses enfants. Il y a juste à trouver la bonne formule où la France garderait ses traditions, sa si belle culture et où les nouvelles générations de français les feraient également siennes en apportant une sensibilité qui enrichirait le tissu social et sa cohésion.

  2. Très très beau texte de la littérature française. Sauf les deux derniers paragraphes qui racontent des inepties sur le PRG et l’islam.
    Vous est-il possible de faire un billet sans évoquer « l’islamophobie » cette idée fixe qui vous ronge les neurones?

    • Je suis d’accord avec vous pour dire que l’excès peut être parfois contre productif. Mais là quand même ! L’islamophobie existe vous ne pouvez le nier. Etes vous au courant de la dernière proposition de loi du prg ? Vous êtes pour ?

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